Semaine Antiquité

Les Mémoires d'Agrippine 

 

Auteur : Pierre Grimal
Edition : Le Livre de Poche
Pages : 368
ISBN-13 : 9782253135081

Quatrième : 

Arrière-petite-fille d'Auguste, sœur de Caligula, nièce puis épouse de Claude, mère de Néron, Agrippine est assurément une des figures les plus emblématiques et les plus mal connues des coulisses du pouvoir dans la Rome impériale. Historien de renom, biographe de Marc Aurèle et de Tacite, Pierre Grimal est ici romancier pour nous faire revivre, de façon extraordinairement intime et vivante, l'itinéraire d'une femme sûre de son essence divine, et qui toute sa vie va lutter pour assurer le pouvoir suprême à un fils dont les astres lui ont prédit qu'il la tuerait. Combat passionné, parfois pathétique et parfois féroce, où elle emploie toutes ses armes... 

A priori...

L'histoire est simple : ma directrice de stage l'a fait lire à ses élèves de 1ère, elle m'a dit ô combien ce livre était génial, donc elle me l'a prêtée ! 


Au fil de la lecture...

J'ai été très étonnée par ce roman ! Premièrement, le récit commence in medias res, soit en plein banquet où Britanicus est empoisonné par Nero... Bon appétit ! Mais c'est bien cet évènement qui pousse Agrippine à écrire ses mémoires, pour faire face à la cruauté de son fils. 
Elle nous amène donc en arrière, en sa petite enfance  : c'est alors qu'elle nous présente son entourage, de la plus haute noblesse romaine, et les intrigues qui entourent sa famille. C'est un monde plein de manigances, qui offre une vision plutôt pessimiste des hommes, mais aussi de leur caractère très machiavélique... Untel te bloque l'accès au pouvoir ? Tue-le pardi ! Tu y trouvera aussi des réflexions poussées, de la part d'Agrippine, sur tout ce qui fait la vie dans l'Empire Romain. De la religion au mode de vie, en passant par l'armée et les aptitudes d'un bon empereur, tout est analysé d'un œil aiguisé. 
 Mais c'est avant tout la vie d'Agrippine qui est au cœur du roman, sinon ça ne s'appellerait pas Les Mémoires d'Agrippine ! Très tôt, elle convoite le pouvoir et s'insinue avec habilité dans ses arcanes. Elle se persuade que tout ce qu'elle fait est au nom de son honneur, pour venger son père injustement assassiné, et faire valoir son sang impérial. Jusque là, pourquoi pas ? C'est vrai, si le sang du grand Auguste coulait dans tes veines, tu ne serais pas tenté.e. de revendiquer le pouvoir ? Oui mais, bien qu'elle essaye de se parer de "bonnes" excuses, elle n'en reste pas moins manipulatrice. C'est une femme forte, qui sait ce qu'elle veut et est prête à tout pour l'obtenir : elle sait quand il faut se retirer et se faire discrète, mais elle bondit toujours au moment adéquat
Ce qui est intéressant dans ces mémoires, c'est de voir la femme, pas seulement la mère d'un horrible empereur... Pierre Grimal a voulu faire tomber tous les préjugés, et montrer l'envers du décors. Il la détache de la figure du fils, et il ne semble réellement naître qu'au moment où il est acclamé empereur, tandis qu'avant, il est mis de côté : il s'agit de le protéger, mais aussi de s'assurer une place à elle avant son fils. Tout passe par la mère
Cruelle ou victime, je me suis souvent posée la question. Aveugle sans doute, parce qu'elle fini par être proche de ce qu'elle critiquait, mais elle n'en reste pas moins une figure emblématique et mystérieuse. 

 

Ce qu'il m'en restera... 

Je connaissais Pierre Grimal à travers divers travaux sur l'Antiquité, et je le découvre tout juste romancier. J'ai adoré cette lecture : il imagine ce qu'auraient pu être les mémoires de cette femmes, très certainement écrites mais perdue aujourd'hui. Le coup de génie ? J'ai oublié que c'était une fiction historique ! Je pensais vraiment lire Agrippine... Grimal, parce que grand spécialiste, a adopté un style d'écriture très latin, et si tu connais un peu cette magnifique langue, tu croiras réellement lire une traductions. Les phrases sont très construites, et le décorum, le questionnement, les images... tout tout tout est d'une grande richesse et d'une grande préciosité pour qui voudra se plonger dans l'Empire Romain. 

 

En conclusion :

Les plus : immersion totale, intrigues de la cour, profondeur du personnage, forme de mémoire
la linéarité du récit 
  

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